Emploi

EMPLOI. FLUX ET REFLUX


La plupart des pilotes du grand vaisseau économique sont éphémères, ou à éclipses.
Mais certaines berniques s’accrochent à quelque sphère fixe de l’univers céleste.
Principe de précaution oblige, les grands agrémentent d’abord leurs statuts et sécurisent leurs parcours entrecoupés de temps partiel, de temps partagé…de temps perdus dans les files d’attente.
C’est ainsi que la politique de l’emploi est dans les mains d’une variété particulière d’intermittents du spectacle.
L’efficience est moindre quand qu’il s’agit de régenter la multitude des autres professions embarquées, de donner un statut convenable à ceux qui n’en ont pas.
Les périodes d’action sont plus courtes que les délais nécessaires pour en obtenir et observer les résultats.
Il faut dix ans pour monter une activité nouvelle. Il suffit d’un exercice budgétaire pour initier des déclins et préparer de lointaines extinctions.
On l’oublie trop, ce ne sont ni les fonctionnaires ni les organismes de placement qui créent les emplois.
Et pourtant, c’est par ces intermédiaires que le personnel politique se préoccupe du placement de leur clientèle. Pus d’ailleurs que du développement des activités.
Il est difficile aujourd’hui de trouver un emploi. Tous ceux qui gouvernent ou aspirent à se faire élire se croient tenus de montrer leur aptitude à faire du placement.
Mais Les interventions individuelles, les médiations, les forums, les discours, sont autant de tranquillisants qui s’attachent plus aux symptômes qu’aux causes du mal.
Le recrutement est une tâche permanente qui ne s’accommode pas d’impulsions éphémères, de campagnes temporaires, d’actions localisées organisées comme des événements festifs et médiatiques.
Les lendemains des grandes rencontres et des fêtes sont souvent maussades.
Le recrutement est une tâche répétitive et minutieuse qui requiert attention soutenue, concentration, continuité dans les actions, approche à la fois globale et localisée.
Au fond tout le monde veut contribuer à la distribution et à la répartition des emplois. C’est certes une œuvre importante et difficile. Mais là n’est pas l’essentiel.
Nous avons déjà rappelé ici ce vieux dicton selon lequel « quand une couverture est trop petite, on ne peut l’avoir à la fois sur la tête et sur les pieds ».
Quand il y a plus de gens sans emplois que de postes disponibles, on ne peut guère caser un chercheur d’emploi sans en débouter ou au moins en déplacer un autre.
La création d’emplois, même celle des emplois publics, même celle des professions libérales, même celle des professions culturelles, suppose que des consommateurs solvables génèrent un surplus économique que ne peuvent produire les institutions et les administrations.
L’emploi est donc moins un problème de distribution et de répartition qu’un problème de création d’activité marchande.
On entend ici et là monter des prières. Le vœu exprimé est que la collectivité collecte des recettes et distribue des prébendes. Chacun veut pouvoir, dans son petit ou grand coin, faire sa petite ou grande cuisine, sur son petit ou grand feu, sans avoir rien à demander ni à devoir à quiconque, petit ou grand.
Le malheur veut que le nombre de priants soit supérieur au nombre de volontaires pour assumer obligations, investissements, risques associés aux réalités matérielles et humaines.
L’action politique serait plus efficace si les pouvoirs publics renonçaient à tout régenter et concentraient leur action sur l’essentiel :
•    Encourager le développement d’activités nouvelles ;
•    Ne pas entraver l’économie par des prélèvements abusifs ;
•    Lever les freins à l’investissement ;
•    Favoriser les mutations économiques nécessaires pour ne pas subir les conséquences négatives de l’évolution du monde ;
•    Adapter l’enseignement, plus pour affronter les défis globaux qui assaillent la société que pour promouvoir l’harmonie de l’enseignement ;
•    Améliorer l’orientation et développer la présélection en laissant la plus large autonomie aux entreprises et aux institutions pour sélectionner et recruter leur personnel ;
•    Porter les efforts sur l’adaptation et le placement des « incasables ».

En résumé il ne faut pas aborder l’emploi et le recrutement comme une partie de billard américain qui consiste à pousser des boules dans des trous.
Deux certitudes s’imposent à notre monde incertain en voie de désertification et de surpeuplement :
L’arrosage manuel de quelques plants sélectionnés ne suffira pas à entretenir la vie de tous,
L’arrosage automatique ne sera ni gratuit, ni accessible à tous.

Pierre Auguste

Le 9 décembre 2009